12 novembre 2009
PUTAIN DE SOCIETE !
Dans son HLM, momie moderne, assis dans son canapé, devant sa télé, sûrement, je ne vous parlerais pas de la chaîne, José, soixante deux ans, git, terrassé, mort, pétrifié ! Depuis deux ans ! Putain de société ! Personne n’avait rien remarqué. Il ne sortait plus. Ce n’est pas la caissière de la grande surface qui allait s’inquiéter, ni cette grande maison de vente par correspondance où il se servait quelquefois, qui allait se formaliser de son absence du grand catalogue des achats réguliers. Il avait du partir dans sa famille. Même s’il n’en avait plus, parce que le dernier était parti pour les Amériques, parce qu’on pouvait y refaire sa vie, parce qu’on pouvait oublier les galères journalières, parce qu’on disait qu’il y avait du boulot. Sa femme l’avait quitté, fatiguée d’avoir du élever les petits, et de devoir toujours trimer, sans pouvoir être femme à force de n’être bonne qu’à devoir s’occuper de tous sans penser à elle. Sa fille, la petite, ne donnait plus de nouvelle, elle les avait oubliés, elle avait rencontré l’amour, ils ne pouvaient pas comprendre, elle les avait vus toujours s’engueuler, comment comprendre que les autres se sont aimés, quand on est jeune et qu’on pense tout inventer ? Le grand aussi était parti, sans laisser d’adresse, un jour sans avertir, sans les prévenir, sans un mot d’adieu pour ses vieux comme il disait, sans savoir qu’ils s’étaient sacrifié pour qu’il puisse étudier et qu’ils avaient usé leur santé et leurs économies.
Alors la vie s’en était allé, après son désir de ne plus vivre. Personne ne remarquerait son absence comme personne n’avait remarqué sa présence. Il était mensualisé, tout était payé ! Putain de société !
Dalila, elle ne réglait plus son loyer, elle n’était pas mensualisé, alors à la fin du mois, quand on est venu encaisser, on s’est aperçu qu’elle nous avait quitté.
Putain de société, tant que tu payes, t’es pas crevé !
Commentaires
Quelle tristesse...
...Franchement, le "putain" est le seul mot qui nous vienne à l'esprit devant tant de tristesse, de désespoir et d'horreur.
MALHEUREUSEMENT...
Ton triste constat, Riton, reflète cette société du chacun pour soi, du fric pour les uns, la rue pour les autres. Ni José, Ni Dalila n'avaient de rolex... Si l'indifférence pouvait faire crever aussi... les cimetières seraient pleins !
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